Humanitaire 2.0. Bonne conscience, bonnes affaires ?

Posté le 10 décembre 2007 à 13:18 dans Business, Gros plans, Net Social |
Auteur : Thibaut

Humanitaire accroche [Mise à jour] Rejoignez le groupe « Save Darfour, Stop the Genocide ! ». On a reçu l’invitation sur Facebook. D’accord, on adhère. Mais ça va servir à quoi concrètement, si ce n’est à se donner bonne conscience ?

Il y a du potentiel pour les œuvres caritatives sur le Net. Du moins, c’est ce que l’on pourrait croire au premier abord. Des millions de membres sur les réseaux sociaux interactifs, autant de personnes susceptibles d’être mobilisées pour la cause humanitaire.

Les pétitions qui circulent évidemment, les invitations à rejoindre tel ou tel groupe, et surtout la donation en ligne. Il n’a jamais été aussi simple et aussi rapide d’être généreux. Les associations humanitaires l’ont bien compris, qui ont toutes créé un module de dons en ligne. Même les plus réticentes aux nouvelles technologies, comme le Secours catholique, s’y sont finalement mises. Pour quels résultats ?Pour l’année 2006, les dons réalisés sur internet représentent seulement 3% de ce que les gens versent”, affirme-t-on chez Médecins sans frontières. Soit 1 500 000 euros. “On constate tout de même des pics lorsque certaines crises humanitaires sont particulièrement médiatisées. Les dons en ligne ont par exemple atteint 7% lors du tsunami de 2004″. Même constat pour le webmaster de Médecins du monde : “La donation en ligne est très marginale : nous avons recueilli 370 000 euros en 2006, soit 1% du total”. Des résultats pourtant en large progrès comparés à ce qu’ils étaient, il y a ne serait-ce que trois ou quatre ans, où moins de 10 000 euros étaient versés par le biais d’internet. Le Secours populaire, quant à lui, n’a glané “que 0,57 % de ses fonds sur le Net en 2006″, soit 224 000 euros.

Par ailleurs, la quasi-totalité des recrutements de volontaires se fait désormais sur le Net. Et comme la population qui a accès à internet est de plus en plus large, les bénévoles ont aussi gagné en diversité. Pour autant, en terme de chiffres, le web n’a pas particulièrement boosté les effectifs globaux des ONG.

Engagement à la carte

En marge des sites classiques d’ONG classiques, une myriade de start-up se sont créées (Greatergood, Hungersite, etc.) et fonctionnent comme autant de supermarchés de l’humanitaire. Le “client”, ou “consommateur”, y est roi : c’est lui qui choisit à la carte le type de cause qu’il veut soutenir, par thèmes. En vrac: lutte contre le cancer du sein, contre la faim dans le monde, préservation de la forêt amazonienne, diffusion gratuite de livres, etc.

Le processus est simple. Oubliez les traditionnels formulaires de dons, l’heure est au “clic” rémunérateur. En d’autres termes, vos clics vous amènent sur des pages où des sponsors sont visibles. Au bout de la chaîne, ces sponsors reversent des espèces sonnantes et trébuchantes censées être dispatchées aux ONG affiliées au site.

Mais pas seulement. Ces portails sont aussi de véritables sites de commerce de ligne. Des catalogues recensent multitudes de produits en tous genres. Sur chaque achat, une commission est prélevée et reversée aux ONG associées aux sites, plus ou moins clairement citées.

Manque de transparence

Problème, aucune information claire n’est disponible sur l’utilisation concrète des fonds ainsi récoltés, contrairement aux ONG plus classiques, qui tiennent pour la plupart des comptes en ligne, et entretiennent une transparence quant à l’utilisation des fonds récoltés.

Exemple sur le portail Hungersite. Sur la page d’accueil, l’internaute est d’emblée invité à cliquer pour donner. La procédure est présentée comme simple, rapide, et surtout gratuite pour le donateur.

Capture entréegood

Un clic suffit. Vous venez de donner en ligne avec une facilité déconcertante. En d’autres termes, vous venez d’accepter de visualiser quelques sponsors, et cela suffit. Bienvenue dans le monde du don passif.

Bravogood

Seulement voilà, vous êtes maintenant en droit de savoir ce que votre “clic” va produire, au bout de la chaîne. Vous êtes félicités pour avoir donné “1.1 cup of food”. Le site dresse d’ailleurs un compte précis des “cups of food” collectées. C’est son unité de mesure. A quoi cela correspond-il concrètement ? [Mise à jour] Aucun moyen de le savoir sur le site. La seule façon de tenter de comprendre est de contacter les gérants du site, qui ont par ailleurs répondu à notre demande (leurs explications sont disponibles à la fin de l’article). La “cup of food” serait issue d’une unité de mesure du Programme Alimentaire Mondial. Soit. Toujours est-il que sans de solides moyens d’investigation, difficile de vérifier la véracité de ces explications. Une seule solution pour l’internaute lambda, leur faire une confiance aveugle. Gain de temps oblige…

Cups of foodgood

Les exemples de ce genre sont multiples dans la nébuleuse humanitaire sur le web. Le flou qui l’entoure modifie en tout cas le rapport donateur/bénéficiaire. Pour le donateur, l’acte de donner devient plus léger, moins contraignant, en un certain sens plus pratique. Mais le bénéficiaire en devient d’autant plus virtuel, plus abstrait.

(photo haut de page copyright Croix-Rouge)

A lire aussi:

  • Le mémoire de Jean-Philippe Henry, issu de la promo 2000 de l’École des Hautes études en sciences de l’information et de la communication, un peu daté en ce qui concerne notamment les données chiffrées mais qui pose bien les problématiques du sujet.

  • La réponse des gérants de Hungersite : “A cup of food was originally defined by the World Food Programme as the value of a cup of a staple food like rice, after it was hydrated and cooked. Thus a 1/3 cup of dry rice was combined with 2/3 cups of water and hydrated to form one cup of staple food. For this purpose, cups were defined by volume, (237 ml).We have changed that formula somewhat, because of both politics and the change in the charity partners once we added domestic hunger charities. Since 1/3 of the funding of The Hunger Site is paid to America’s Second Harvest, most of that money is used to buy or transport canned or prepared food that is offered in food pantries throughout the United States. In this case, the original 1/3 cup of dry food is measured by weight, and converted so 2.6667 oz. dry measure = 1/6 pound (75.6 grams). In the case of Mercy Corps, we have requested that 1/2 of the money they receive be used to provide staple food for refugees or disaster victims. For this purpose cups are measured in the original manner as defined by the World Food Programme. The other 1/2 of the money given to Mercy Corps is to be used to provide seeds or other agricultural inputs to reduce the costs of farming for poor families. These “cups” actually produce much more than one cup of food, because each cup of seed can produce several bushels of food. More importantly, by subsidizing agricultural inputs we are reducing the cost to poor farmers and making them more able to feed their families and communities. This is preferable to the distribution of subsidized staple crops from America or Europe, which tend to drive down food prices in poor areas, and put poor farmers out of business. In this case, we are just giving money, but the value of the food it creates actually dwarfs the total amount of food provided by the other two distribution methods. When we say each click provides the value of 1.1 cups of staple food, we believe this approximation is a very low estimate of the amount of food that is actually provided, but of course because of changes in weather and other factors, it is not possible to trace back each bushel of food to the clicks that paid for it. We give 100% of the advertising from the Hunger Site to our charity partners, and split the funding in the manner described above so it can have maximum effect.”
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