Pierre-Kosciusko-Morizet-vpod-1 Pierre Kosciusko-Morizet (photo) dirige le site de vente en ligne Priceminister. Avec l’association Renaissance numérique, dont il fait partie, il est l’auteur d’une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy dans laquelle il réclame la création d’un ministre d’Internet.

Comment est née l’idée d’un ministère des Nouvelles Technologies ?

En deux étapes. L’idée d’un ministère d’Internet est née il y a quelques années en voyant que beaucoup de pays en étaient déjà dotés, comme la Corée du Sud par exemple. Là bas, ils ont câblé tout le pays en haut débit il y a dix ans. Aujourd’hui ils ont tous internet. Certains pays d’Europe du Nord ont également créé des ministères consacrés aux nouvelles technologies.
La France est un peu en retard en la matière. On se cache derrière le fait que le haut débit marche bien en France. Mais en réalité, si les gens connectés le sont très bien, ils ne représentent que 47% de la population. Contre 65% en Allemagne et 70 % en Grande-Bretagne.
Ensuite le déclencheur a été la présidentielle l’an dernier où nous avions interpellé les candidats sur cette question. Nicolas Sarkozy s’était prononcé en faveur d’un tel ministère. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous lui adressons cette lettre. C’est une façon de lui dire : « Vous vous êtes engagé là-dessus il y a quelques mois, vous avez été élu, maintenant il faut agir ».

Cette lettre n’est-elle pas une opération de lobbying : plus il y aura de Français connectés à internet, plus vous aurez de clients ?J’ai évidemment intérêt à ce que le nombre de connexions augmente en France. Mais les enjeux vont bien au-delà du business. C’est un enjeu de compétitivité nationale. On ne peut pas attirer des investisseurs où des entreprises dans un pays où plus de la moitié de la population n’est pas connectée à internet. Et puis le web c’est également un outil de travail et d’information incroyable.Renaissance numérique serait-elle une association philanthropique ?Tout à fait. D’abord elle ne compte pas que des chefs d’entreprises. Ensuite j’y adhère à titre exclusivement personnel. Le temps que je passe avec Renaissance numérique pour essayer de généraliser l’usage d’internet (notamment pour que des zones mal desservies en France puissent être dotées de connexions à haut débit), c’est du temps que je ne passe pas à travailler pour mon entreprise. Quel devrait-être, pour vous, le rôle de ce ministère dédié aux nouvelles technologies ?Il y a plein de questions qui se posent au sujet des nouvelles technologies. Que fait-on pour que le plus de monde possible ait accès au web ? Que va-t-on faire de ce qu’on appelle le dividende numérique ? C’est-à-dire les fréquences qui vont se créer et se libérer lorsque la télévision passera au numérique. Aujourd’hui, quel que soit le problème, on a affaire à quatre ou cinq interlocuteurs différents au gouvernement. C’est une perte de temps. Nous avons besoin d’un interlocuteur autour duquel soient centralisées toutes ces questions. Une sorte de guichet unique. Lorsqu’un problème se pose il faudra que l’on sache vers qui se tourner.Souhaitez-vous un meilleur encadrement législatif des questions relatives aux nouvelles technologies ?C’est aussi un objectif. Les lois sont très en retard. Je n’incrimine pas le législateur, l’évolution d’internet est extrêmement rapide. L’idée c’est d’avoir quelque chose qui évolue très vite. Il y a toujours des carences législatives en France. Il y a par exemple un flou juridique en ce qui concerne les contenus communautaires. Le business n’aime pas trop ce qui est imprévisible. Et un gouvernement qui comprend mal le problème des nouvelles technologies, ça peut être dangereux.Quelles sont, à votre avis, les prochaines évolutions importantes d’internet ?Je ne pourrais pas en identifier une en particulier. Pour moi l’enjeu principal de ces prochaines années c’est ça : la massification de l’usage d’internet ; sa démocratisation pour qu’internet devienne un outil de tous les jours. C’est un aspect très intéressant. Qui aura beaucoup de conséquences sur l’évolution des techniques.Serez-vous présent, mardi et mercredi, à la conférence le Web 3 ?

Je m’y rendrai. Au moins mercredi, c‘est sûr.

 

Propos recueillis par Lucas Bretonnier.

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